Servants – Servantes

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Depuis la rentrée un groupe de servants d’autel et de servantes de l’assemblée s’investissent dans la liturgie du dimanche dans notre paroisse. Voici quelques explications du père Damien au sujet de ce service :

D’abord pourquoi des enfants et des jeunes au service de la liturgie ?

Pour deux raisons essentiellement : permettre le bon déroulement de la liturgie et contribuer à son déploiement notamment le dimanche où l’Eglise veut fêter de manière solennelle la victoire du Christ sur la mort. C’est aussi pour les enfants et les jeunes une manière d’entrer plus facilement dans la célébration et d’y trouver vraiment leur place. Il n’est pas rare que ce soient eux qui ensuite « tirent » leurs parents à la messe.

Mais pourquoi un service différent pour les garçons et les filles ?

Pour être honnête, il faut préciser d’abord qu’il s’agit d’un choix pastoral puisque l’Eglise nous laisse libres dans ce domaine d’organiser le service comme bon nous semble. Ainsi je respecte profondément les confrères qui prennent d’autres options, c’est parfaitement légitime. Chaque orientation a sans doute ses grâces et ses limites. Je note que le camp organisé en février chaque année par le diocèse a lui aussi adopté cette même forme distincte avec un camp pour les servants et un camp pour les servantes.

Pour comprendre le sens de cette distinction entre garçons et filles, il est important de la situer dans le contexte d’aujourd’hui. La société contemporaine éprise d’égalité considère que pour être égaux, tout doit être exactement pareil. Ainsi l’égalité homme/femme doit être comprise comme l’affirmation que l’homme et la femme sont parfaitement interchangeables. Même s’il y a encore la biologie pour nous rappeler – notamment à travers la grossesse – qu’il existe des différences fondamentales, beaucoup travaillent d’arrache-pied pour pouvoir justement venir à bout de ces différences vécues comme des asservissements et des atteintes à l’égalité. Cette égalité qui devient une sorte d’idéologie ne fait plus de place à l’altérité, à l’autre en tant qu’il peut avoir des richesses différentes des miennes et donc qu’il a quelque chose à m’apporter et réciproquement. La conséquence c’est que dans un monde très technique et par conséquent très masculin, la femme pour avoir sa place en entreprise ou en politique par exemple, se doit de se comporter comme un homme. Elle n’est pas reconnue pour ce qu’elle est vraiment et ce qu’elle peut apporter spécifiquement. Je me souviens d’un vieux professeur polonais à Rome, très amoureux de son épouse, qui nous disait : « le signe qu’une société ne fait pas vraiment sa place à la femme, c’est que cette société devient incapable de poésie ». J’ai longuement médité son propos et je le trouve très pertinent.

Pour l’Eglise en revanche, la distinction n’est pas nécessairement synonyme de discrimination. Nous apprenons cela du mystère même de Dieu : le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont distincts sans pour autant que l’une de ces Personnes divines soient plus « Dieu » que les autres. Elles sont parfaitement et absolument égales et pour autant le Père n’est pas le Fils, le Fils n’est pas le Père etc…

La distinction entre garçons et filles n’entend donc absolument pas signifier qu’ils ne seraient pas égaux en dignité.

Certes… mais ils ne font pas la même chose !

Oui et alors ? Si l’on compare ce qui est « fait », les filles ont la chance de proclamer la Parole de Dieu par exemple, ce qui est un service sans doute bien plus noble que de tenir une bougie ou une burette d’eau ! Il est vrai par ailleurs que dans le fait que les garçons s’approchent davantage de l’autel, il y a aussi un enjeu par rapport à l’appel à la prêtrise. Un grand nombre de séminaristes aujourd’hui témoignent que ce service de l’autel a été un point déterminant dans leur cheminement.

Ceci dit je voudrais quand même ajouter que se poser tout de suite la question en termes de « faire ceci ou cela », est déjà une manière bien masculine d’envisager l’existence. Avant de « faire », il se trouve que nous « sommes ». L’être est premier. Et la première dimension importante, c’est que ces jeunes et ces enfants par la qualité de leur présence et de leur prière, entraînent toute l’assemblée dans le mystère qui est célébré. S’ils viennent d’abord pour « faire », ils n’ont pas compris le cœur de leur service.

Y a-t-il d’autres enjeux ?

Oui sans doute que le fait d’avoir des groupes non mixtes est aussi une chance dans un contexte de mixité permanente. Nos jeunes, spécialement nos ados, ont du mal à être eux-mêmes dans une société hyper érotisée. Du coup les relations mixtes se jouent presque constamment sur le mode de la séduction sans leur laisser la possibilité d’être simplement eux-mêmes. J’ai remarqué avec bonheur dans ma paroisse précédente où j’avais plus d’une centaine de garçons et de filles qui servaient la liturgie, que ces moments étaient aussi pour eux comme des « respirations » avec de belles amitiés qui se développaient au sein de chaque groupe. Avec les aînés de terminale et au-delà, nous partions en revanche parfois en pélé ou autres, dans un contexte mixte, mais dans une ambiance très simple et sympa qui me semblait un beau fruit de ce qu’ils avaient vécu dans les années précédentes.

Enfin on ne peut pas réduire la richesse de la distinction homme/femme à une argumentation, aussi détaillée soit-elle parce qu’il y a derrière un immense mystère. Et c’est peut-être cela aussi qui dérange nos sociétés occidentales habituées à tout maîtriser, produire, calculer, rationnaliser. Cette distinction, voulue par le Créateur Lui-même, n’est pas réductible à des équations, des prédictions, des déductions… En vérité elle nous renvoie au mystère même de Dieu. Dans la Genèse on nous dit qu’Il crée l’être humain à son image et à sa ressemblance, « homme et femme Il les créa ». Plus qu’à expliciter, la différence homme/femme est donc aussi et peut-être surtout une invitation à la contemplation devant l’immense beauté que nous laisse entrevoir cette distinction. En effet c’est là que se joue le lieu du plus grand don et donc du plus grand amour sur la terre… amour qui, s’il est vrai et profond, est comme une magnifique fenêtre ouverte sur ce brasier d’amour qui est le cœur même de Dieu.

Le pape François a parlé plusieurs fois de la place des femmes dans l’Eglise…

Tout à fait, comme avant lui Jean-Paul II et Benoît XVI. Ils redisent chacun à leur manière qu’il est important que la femme ait toute sa place dans la vie ecclésiale. N’ayons pas peur de dire que parfois l’Eglise tâtonne, cherche, balbutie. Mais le pire serait qu’elle reste immobile ! L’Eglise est mariale avant d’être pétrinienne comme l’a dit Benoit XVI. En elle le féminin précède le masculin. Tout le challenge est de le promouvoir sans le dénaturer, de l’expliciter sans le défigurer. Une belle mission pour toute l’Eglise ! Et je ne doute pas que cette mission est aussi un vrai service à rendre à toute la société.